Ceci est un travail photographique en cours au format 20×30 cm pour les photographies originales en pièces uniques, en 10×15 cm, 20×30 cm et 70×105 cm pour les reproductions en 8 exemplaires chacun.

Quoi?

J’ai voulu isoler les footballeurs. Les isoler de l’univers dans lesquels ils sont projetés en permanence depuis le début de leurs carrières. Très jeunes, ils subissent la pression internationale, la pression du public et la pression des investisseurs que n’avaient pas leurs ainés. Les sommes n’étaient pas les mêmes. Les univers étaient différents.

Je ne voulais pas non plus faire des prises de vue fidèles. On ne reconnait pas les joueurs. Ils redeviennent une équipe, sans les individualités, ils sont uniformisés mais aussi, ils se retrouvent dans leurs solitudes. C’est ainsi que je les imagine.

Nicolas de Staël, Gerhard Richter et Francis Bacon.

J’ai utilisé diverses techniques de prise de vue : le flou, la pose longue, la petite ouverture… Les photographies deviennent peinture. Ou s’en rapprochent. Louis Dollé m’a parlé de Nicolas de Staël qui a fait une série appelée « Les Footballeurs« . Je connaissais un peu les peinture de Nicolas de Staël et notamment son rapport à la couleur. C’est ce que j’ai voulu retranscrire en isolant ces joueurs dans cette masse de couleur verte. J’aime ce contraste violent de couleurs et de formes entre les trois couleurs du maillot français et la pelouse.

Une de mes références est Gerhard Richter qui a peint à partir de photographies dans les années 60 et 70. C’est un travail qui m’intéresse et me touche. L’utilisation par Richter de la photographie comme source pour sa peinture. Photographies et articles de journaux qu’il collectait en albums de références, ses Atlas,  pour ses peintures. Cette façon de collecter et de peindre donnant une distanciation entre le « regardeur » et le sujet. La photographie est une matière que je tente de façonner, de transformer et de changer.

Je pense aussi à Francis Bacon pour le mouvement photographique qu’il donne à ses personnages tourmentés. Mais aussi pour son rapport permanent avec la photographie : articles et photographies scotchées sur les feuilles maculées de peinture.

Une autre référence est une photographie des années 70 je pense. Je n’ai malheureusement ni le titre ni le nom du photographe. Mais elle m’a beaucoup marqué : c’était la photographie d’un joueur de champ, ballon au pied, isolé sur la pelouse, avec les jambes floues. Elle m’est toujours restée en mémoire.

Hugo Loris.

L’une de des photographies emblématiques de cette série est celle du gardien de but de l’équipe de France, Hugo Lloris, tout de jaune vêtu, en train de dégager le ballon. Un grand choc jaune et vert dans sa gestuelle parfaite. Il est isolé. Il est dans une posture de dégagement. On ne perçoit rien. La vitesse de prise de vue est longue. Le ballon n’apparait plus. Il n’est plus là.

La danse.

Ce sont des footballeurs qui dansent. Une grande chorégraphie sur une grande scène avec de nombreux danseurs. Tout est danse même lorsque les joueurs chutent. Les spectateurs ne sont pas dupes et participent à la séquence du match.

Les traçages.

Je travaille sur le traçage au couteau. Un traçage manuel. On m’a demandé si ce n’était pas un traçage mécanique mais ce ne l’est pas. Ce sont des traçages qui accompagnent ou qui enserrent, qui soulignent la gestuelle ou le mouvement ou qui cloisonnent et enferment le sujet. Je ne suis pas maître du traçage. Il s’impose à moi.

Incongruus.

Sur certaines photographies apparait une marque, une forme, un logo. Cette forme apparait sur un angle. Elle semble être une figure en 3D. Mais qui ne s’assemble pas vraiment. Elle peut ressembler à des lettres.

Il s’agit de l’incongru. L’incongru n’est pas cette forme mais le joueur flou, trouble qui se déplace. Celui qui court et qui est adulé par les foules qui hurlent. Celui qui court et qui reste seul malgré tout. Dans un brouhaha qu’il ne perçoit presque plus. Il vit dans un monde qu’il voudrait isolé du reste du monde. Il est une partie du système antique. Le joueur est un artiste, un génie.

Où?

L’exposition a eu lieu du 3 au 22 décembre 2018 à l’École d’Arts Orange Bleue, 2 rue de Jussieu (Proche de l’Église Russe) à Nice.

Photographies de Danses (Footballeurs)